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Le terme "social" est polysémique ; en tant qu'adjectif, il désigne la relation à l'autre. Mais en tant que substantif , c'est à dire "le" Social, il exprime à la fois l'organisation du travail dans la société (comme dans le domaine du"droit social") , et quelque chose de plus obscur, qui nous intéresse ici, et qu'on pourrait dénommer, "la Question sociale".
Comme l'exprime Franck Fischbach dans son. Manifeste pour une philosophie sociale (la Découverte -2024), cette question sociale n'a que lentement émergé dans la pensée occidentale et trouve son apparition. au XVIIIème siècle, sous la forme d'une préoccupation nouvelle dans la pensée politique.
C'est à cette période que la question du "Social" apparait comme un élément perturbateur de la pensée de nos gouvernants. Jusqu'ici , ce qui comptait du point de vue de la pensée politique c'était essentiellement la question de l'organisation de l'État et la démographie. Or, le XVIIIème siècle découvre de nouveaux défis économiques de gestion de l'emploi, liés aux débuts du libéralisme. Dès lors, le Social va poser problème à la pensée politique.
L'apparition du terme comme de cette préoccupation tient selon cet auteur à deux caractéristiques majeures:
La Philosophie sociale se détache dès lors de la Philosophie politique; il ne s'agit plus de réfléchir aux différentes formes d'État possibles, mais de prendre en compte la question du "faire société", dans ce nouvel ordre économique et politique instable, secoué par des désastres sociaux, au risque de se désagréger constamment.
La Philosophie sociale se fonde sur la question du "Social" dans la société , en entendant ce terme, comme le sens de la vie sociale, pour tout sujet en société.
C'est la question de l'autonomie du sujet en société qui est d'abord posée par Kant, comme une exigence existentielle, puis par son continuateur tardif, Natorp, qui inaugure au XIXème siècle, le concept de "Philosophie sociale"et lui assigne trois domaines: la pensée économique, la pensée de la gouvernance de la société, et la question "du pédagogique" (Dufour et Servois, La philosophie sociale de Natorp, Vrin, 2015).
Qu'est ce donc que le Social, pour nous? C'est la nécessité pour tout sujet de penser la condition de la vie en Société et de se situer lui même, comme sujet autonome dans un environnement politique, économique et idéologique, dont il perçoit les impasses et les contradictions.
C'est d'ailleurs cette pensée tragique d'une société qui court à sa perte, qui inspire également les grands pédagogues sociaux, qu'ont été au XXème siècle, Radlinska, Korczak, Freinet et Freire.
La voie pédagogique apparait en effet comme le recours privilégié contre cette "pente funeste". Il s'agit de lutter, avec pédagogie, contre les impostures idéologiques qui façonnent et conditionnent les individus à accepter comme un ordre de nature, ce qui ne relève en vérité, que de choix politiques, économiques et sociaux, et qui démontrent perpétuellement leur nuisance (Ott- Philosophie sociale, Chronique sociale, 2016).
Pour cela, il faut éduquer les hommes et les femmes, afin qu'ils restent maîtres de leur destin, conscients de leur condition, et capables d'agir de manière autonome dans les domaines politiques, économiques et sociaux.
Ce n'est donc pas par hasard, que les modes de gouvernance que nous subissons aujourd'hui, sont toujours plus clairement antisociaux.
Ce n'est plus l'opposition politique, au sens classique du jeu démocratique, qui est aujourd'hui l'ennemie de l'ordre économique et de sa gestion sociale, mais tout acte social en tant que tel, qui contrevient fondamentalement, théoriquement et pratiquement à cet ordre.
Cette "haine du social" se traduit tout autour de nous par une politique de contrôle et destruction systématique de tous les lieux, espaces qui peuvent encore "faire société": hôpitaux, centres sociaux, espaces publics investis par telle ou telle catégorie sociale ou d'âge...
Cette même "haine" inspire également une violence inédite à l'encontre des acteurs sociaux ou des porteurs d'initiatives dans ce domaine: dépréciation, mises en cause, fragilisation, insécurisation, mise au ban, humiliation publique.
En France , c'est dès la fin des années 1980, que nous avons vu triompher dans la pensée de nos dirigeants, l'idée que l'ordre policier était préférable à l'action sociale, qui menait à une autonomie de pensée insupportable dans le nouvel ordre économique qui vise à remplacer le salariat par le précariat.
Nous avons besoin aujourd'hui d'outils pour penser cette violence "antisociale, et d'une théorie de l'action, pédagogique, pour mettre en place des actions sociales autonomes, qui, seules, sont capables de mettre en évidence l'absurdité de ce nouvel ordre, tout en expérimentant concrètement d'autres manières de "faire société".
Pour cela, nous avons besoin d'actions sociales qui soient globales, durables, inconditionnelles et autonomes, (au sens kantien) qui tranchent catégoriquement avec la logique des politiques (de gestion) sociales. De telles actions doivent pouvoir agir directement et sans intermédiaire sur les conditions réelles de vie des gens, tout à la fois, dans les domaines éducatifs, culturels, sociaux, sanitaires.
Il faut des actions sociales qui rompent immédiatement avec l'ordre des choses et des institutions et qui mettent en oeuvre concrètement des logiques non-marchandes, pour la vie en société (basées sur l'anthropologie du Don).
A chaque fois que de telles actions sont initiées, et bien qu'elles fassent inévitablement l'objet d'une répression maximale de la part des collectivités et institutions, celles- ci démontrent en actes, leur valeur, leur popularité et leur efficacité. Elles entrainent inévitablement l'adhésion de leurs publics et changent souvent durablement , leurs destins.
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