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L'être humain est le seul organisme vivant, qui dépense une part non négligeable de son énergie à s'entraver lui même, en tant qu'individu, dans le cours de sa vie. Il se contrôle lui-même, se prive de liberté, et limite ses déplacements.
Cette particularité humaine est classiquement expliquée par la recherche d'un équilibre, au niveau de la société, entre libre-arbitre et organisation sociale. Cette contradiction entre liberté et entrave, est également souvent référée à l'ambivalence sociale de l'individu humain. Kant explique , par exemple, qu'une des caractéristiques humaines est "l'asociale socialité" ; c'est à dire que tout individu est traversé par des forces contradictoires: la nécessité de vivre avec les autres, une exigence grégaire, et d'un autre côté une puissante difficulté à s'entendre avce les autres. Selon le Philosophe allemand, cette contradiction ne trouve à s'équilibrer que par un ordre social qui organise à la fois la liberté et la contrainte.
Ce point de vue de la Philosophie classique, a pu varier dans l'histoire des idées et selon les auteurs, mais persiste cependant dans l'idée qu'il existe une exigence sociétale pour tout collectif humain, de limiter la liberté des individus.
La Philosophie sociale , quant à elle, se dégage de cette vision "universaliste", trop abstraite et figée, pour permettre l'étude de ce qui est concrètement vécu à l'échelle d'une existence humaine: il existe un renoncement à la liberté, une tendance à l'auto-contrôle et l'auto- limitation, qui ne répond pas seulement à des exigences universelles, qui ne peut pas s'expliquer par la seule spontanéité , mais qui est bien la marque d'une forme idéologique de contrôle par des formes définies d'institutions et organisations sociales, des individus, sous la forme de conditionnements, apprentissages et formes de répressions.
Pour le dire simplement, cette passion des individus pour l'auto-limitation de leur comportement au quotidien , qu'elle prenne une forme passive ou active, est bien la marque d'un ordre social qui s'impose aux individus et qui suit un programme déterminé. Nous pourrions par exemple citer le "Discours sur la servitude volontaire" de La Boétie, comme relevant de la Philosophie sociale, par la manière concrète et inédite qu'a ce texte pour nous présenter les contradictions majeures de notre existence.
Reprendre cette réflexion d'une manière nouvelle et "non figée", c'est une évidence qui s'impose à nous dans notre actualité et notre condition contemporaine. Nous sommes en effet envahis dans nos conditions actuelles de vie par tout ce qui "nous bloque": barrières, entraves, sas, péages, badges, pass, codes, et toutes sortes de verrous numériques, qui tendent tous à nous enfermer le plus possible, ou bien chez nous ou dans un "entre soi" étriqué.
De sorte, que nous ne pouvons plus nous contenter d'aborder cette "passion de l'empêchement" qui nous afflige, avec la seule considération, rapide , définitive qu'il s'agirait de nécessités de l'organisation sociale (comme on nous les présente) , mais bel et bien comme une entreprise en cours qui vise à nous "auto-enfermer".
Ce qui nous frappe c'est que dans ce monde, "fini", aux ressources limitées qu'on nous impose de toutes parts, il ne manque étonnamment jamais de ressources pour contrôler les individus, les surveiller, les limiter, les policer, et leur imposer une discipline de tous les instants, et ce dans tous les domaines de leur vie, y compris privés.
Nous sommes également quotidiennement les témoins d'une inégalité dans la manière dont ces entraves s'appliquent selon les catégories sociales, ciblant prioritairement et massivement les groupes sociaux précaires, tout en laissant les groupes les plus favorisés de la population les ignorer ou les contourner efficacement.
Pour résumer, la machine à empêcher, loin d'obéir à des lois immuables, s'emballe au rythme d'évolutions politiques et sociales, auxquelles nous assistons.
Nous pouvons ainsi définir trois caractéristiques à cette "passion actuelle de l'empêchement":
1- Il s'agit d'un invariable sociétal, dont les modalités et l'étendue sont indéterminés. Cela, nous l'avons déjà défini en préambule.
2- Nous observons dans les sociétés occidentales une tendance au renforcement de ces empêchements sous une forme inédite en termes de ressources et d'énergies gâchées.
Notre société n'a jamais autant enfermé autant de ses membres dans des postures d'inactivité, de non participation à la vie publique, de repli, de confinement et de retrait. Les empêchements à circuler et produire constituent la principale caractéristique de l'évolution économique et politique de nos pays. De plus en plus de nos contemporains sont ainsi limités à vivre dans leurs murs, les murs de leurs quartiers, ceux de leurs écrans, au détriment de la participation à la vie publique et sociale.
3- Cet enfermement social s'accompagne d'une offensive idéologique sans précédent, portée par les pouvoirs politiques, les médias, les réseaux qui propage toutes les peurs: peur de l'autre (y compris dans son intimité et son groupe social), peur des lendemains, peur des étrangers, peur de la disqualification.
Nous avons peur de tout, mais si nous devions analyser cette peur, nous réaliserions que ce dont nous avons peur, nous est finalement déjà arrivé et constitue notre quotidien.
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